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Veuillez trouver ci-dessous les textes dits par François Voisin lors de l'Hommage à André Tosel

 

LE FOU D’ELSA, Aragon publie cette épopée en 1963. Il en situe l'action en 1492, 2 janvier, la prise de Grenade : les rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d 'Aragon, chassent les arabes de l'Andalousie et expulsent les juifs de la péninsule ibérique, des populations La découverte de l'Amérique, le massacre des indiens. Nous en sommes, malgré tout les héritiers. En voici un extrait qui résonne dans l'actualité.

Quand la vertu cessera-t-elle d’être ce parfum par quoi la décomposition se dissimule, et les siècles passent en vain, les sociétés se succèdent, les dieux, les philosophies, la peste ne change que de costume, et la charogne à son aise étale au grand jour son mufle maquillé…

Il n’y a pas une aspiration de l’âme, une grandeur de l’idée, une générosité de l’homme, au bout du compte qui ne serve d’éventail à la puissante Hypocrisie, toujours victorieuse et toujours adulée. Elle a pour cortège les hommes de cérémonie, à qui parole n’est jamais autre que déjà pesée, éprouvée, ajustée, langage que de cette politesse, où se trouve le quotidien qu’ils sont payés, les hommes de citation, les hommes-échos, qu’un mot suffit à faire pivoter sur leurs convictions, tant ils sont bien graissés, bien huilés et reconnaissants de l’être… les hommes de prosternation changeant plus facilement d’idole que de liturgie…et si tu ne vois pas de quoi je veux parler, ne te tourmente pas : point n’est besoin de Grenade aux derniers jours pour l’entendre, à l’imbécile cherchant à lire entre les lignes, qu’il lève le flambeau de sa main tremblante, et lise son infamie au premier semblant du miroir !

Et la parole soit comme avant une bataille : Ecartez-vous de ma route, ô Hypocrites !

QU'IL VIVE

René Char

Ce pays n'est qu'un vœu de l'esprit,

un contre-sépulcre.

Dans mon pays les tendres feuilles du printemps

et les oiseaux mal habillés sont préférés

aux buts lointains.

La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie.

Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays on ne questionne pas un homme ému.

Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays.

Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays on remercie.

Dans mon pays on remercie... Merci, André. En 2012, Les Amis de la Liberté ont célébré le tricentenaire de la naissance de Jean-jacques Rousseau avec une conférence d'André Tosel. J'ai eu le plaisir de participer à cette évocation avec Paule Stoppa. Nous avions tous les trois choisi des textes pour illustrer les propos d'André.

Paule, disparue en octobre dernier, était vice-présidente des Amis de la Liberté. Nous l'associons à cet hommage, avec l'extrait d'un poème qu'elle avait écrit au début des années 80, dédié à Virgile Barel, Félix Gall, Maire de Lucéram et Pierre Cauvin, maire de Drap.

VIRGILE FELIX PIERRE

Paule Stoppa

RMB Nous sommes d'un pays où l'on tutoie les hommes qui viennent de mourir

des hommes aux mains de constructeurs, des mains énormes

celles des gens de la vallée Virgile, Félix et Pierre

trois qui disaient c'est mon pays , c'est ma patrie, c'est mon village

on les nomme nos camarades

Nous sommes d'un pays où l'on tutoie les hommes qui viennent de mourir

hommes liges de mon parti

hommes aux torses bien pris dans vos chandails de laine

hommes aux mains de constructeurs

par qui la vie fut plus légère aux simples gens

nous éternisons vos sourires dans la mémoire de nos fils

Robert DESNOS

Recueil : "État de veille" 1942

DEMAIN
Robert DESNOS
Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.
Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

Du poète grec Yannis Ritsos, de son recueil Agrypnia (Vigilance) Janvier 1953

La Paix (Poème dont la lecture a clôturé le meeting de Marseille)

Le rêve de l'enfant, c'est la paix

Le rêve de la mère, c'est la paix

Des mots d'amour sous les arbres, c'est la paix

Le père qui rentre le soir un large sourire dans les yeux,

Dans les mains son panier rempli de fruits et sur le front des gouttes de sueur

Qui ressemblent aux gouttes d'eau gelée de la cruche posée sur la fenêtre, c'est la paix

Quand se referment les cicatrices sur le visage blessé du monde

Et que dans les cratères creusés par les obus on plante des arbres

Quand dans les cœurs carbonisés par la fournaise l'espoir fait ressurgir les premiers bourgeons

Et que les morts peuvent enfin se coucher sur le côté et dormir sans aucune plainte,

Assurés que leur sang n'a pas coulé en vain, c'est la paix.

La paix c'est la bonne odeur du repas, le soir,

Alors que l'arrêt d'une voiture sur la route ne provoque aucune peur

Et que celui qui frappe à la porte ne peut être qu'un ami

Et qu'à n'importe quelle heure la fenêtre ne peut s'ouvrir que sur le ciel éblouissant Nos yeux de ses couleurs comme une fête accompagnée des cloches lointaines, c'est la paix

Quand les prisons deviennent bibliothèques

Et que de portes en portes une chanson s'envole dans la nuit

Quand la lune de printemps sort des nuages

Semblable à l'ouvrier qui le samedi soir sort fraîchement rasé

De chez le coiffeur de son quartier, c'est la paix

Quand un jour passé n'est pas un jour perdu

Mais une racine qui le soir s'épanouit en feuille de joie

Et que ce jour est un jour bien gagné, c'est la paix

La paix ce sont des meules rayonnantes dans les champs de l'été

C'est l'alphabet de la bonté sur les genoux de l'aube

Quand tu dis : Mon frère, quand nous disons : demain nous construirons

Quand nous construisons et que nous chantons, c'est la paix.

Quand la mort ne prend que peu de place dans le cœur

Et que les cheminées nous montrent du doigt le chemin du bonheur

Quand le poète et le prolétaire peuvent ensemble

Respirer le parfum du grand œillet du soir, c'est la paix

Mes frères, mes sœurs , c'est dans la paix que respire à pleins poumons

L'univers entier avec tous ses rêves,

Mes frères mes sœurs donnez-vous la main

C'est cela la paix

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