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Veuillez trouver ci-dessous les textes dits par Marianne Fournier lors de l'Hommage à André Tosel

POUR ANDRÉ TOSEL

18 mars 2017

Il est des rencontres qui éclairent la vie, et la rendent plus chaleureuse. La rencontre d’André Tosel est de celles-là et l’on se sent aujourd’hui bouleversé par la tristesse de se retrouver soudain dans un monde où on ne pourra plus se tourner vers lui. Comment ne plus entendre sa parole émancipatrice, comment vivre au quotidien sans sa fraternité, comment être privé de son amitié attentive ?

André savait user de son immense culture pour élucider les injustices de ce monde et montrer la voie de la résistance qu’elles appellent. Homme de cœur et de rigueur, il ne transigeait ni avec les exigences de la connaissance objective ni avec celles de la lutte idéologique contre les puissances dominantes. De Spinoza et de Marx, mais aussi de sa réflexion inventive nourrie par toute la philosophie, il tirait le meilleur, osant des pensées nouvelles à la mesure des bouleversements actuels. De chaque entretien avec lui comme de la lecture de chacun de ses livres on ressortait enrichi, conscient de mieux comprendre le monde, et de pouvoir y agir plus lucidement.

Philosophe et militant de la pensée, André avait fait sienne la résolution de Gramsci : livrer la bataille des idées pour faire advenir la conscience exigeante que requiert une monde de justice et de fraternité. De Spinoza il avait retenu qu’en développant sa puissance de comprendre l’homme accroît sa puissance d’agir, et par là même la réalisation de son être. D’où la joie proprement humaine qui vient du sentiment de s’accomplir, et fonde la générosité. Une joie communicative dès lors qu’André partageait avec les autres le savoir et la réflexion qu’il cultivait avec passion. De Marx, il avait repris toute une philosophie de l’émancipation humaine, source de luttes pour nourrir la tradition des opprimés. Il en avait également gardé le souci de ne pas se payer de mots ni de grandes incantations qui sonnent faux quand les ressorts réels de l’exploitation restent en l’état. D’où sa critique de la démocratie formelle voire de l’invocation répétée des droits de l’homme alors même que pour trop d’êtres humains font défaut les conditions minimales qui leur donnent chair et vie. Dans cet esprit André ne cessait de mettre ses idéaux à l’épreuve par des analyses fines des situations concrètes comme dans l’admirable livre qu’il a consacré à la mondialisation capitaliste.

André Tosel a produit une œuvre philosophique et politique majeure, qui fixe bien des repères. Il a aussi témoigné par sa façon d’être généreuse et simple, humble et directe, de son sens de la fraternité. Il prodiguait l’affection et l’amitié sans grandes phrases, avec une sorte de pudeur furtive. Il esquissait ainsi, avec sa modestie habituelle, l’humanité fraternelle et le sens du commun qui lui tenait tant à cœur. Sa disparition est une perte immense.

Henri Pena-Ruiz

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